samedi, 22 mars 2008
Madman Bovary de Claro
J'ai acheté ce livre pour deux raisons. La première est que son auteur, Claro, est le traducteur de Dennis Cooper et de Mark Z. Danielewski qui ont écrit des oeuvres bien barrées comme j'aime. La seconde est que j'ai trouvé le titre irrésistible (pas dans le sens mdr mais plutôt auquel je ne pouvais résister). Voici l'histoire : suite à une rupture amoureuse, le narrateur va ouvrir Madame Bovary et s'immerger totalement dans l'oeuvre et les personnages.
« Non seulement Madame Bovaryfigure en moi tel un virus qu'un rien – un imparfait longtemps tenu, un point-virgule de maître d'orchestre – réveille, mais me voilà inscrit dans Madame Bovary, dans son implacable registre, et qui plus est doté d'un statut étrange, puisque n personnage – c'eût été plaisant – ni décor – nulle transmigration – mais mouvement même de la lecture. je suis le temps des pages tournées de Madame Bovary. Leur maudit tam-tam ».
L'épisode du chapeau de Charles lui donne l'occasion de faire son auto-portait :
« Il s'agit, je le sais, ne le sais que trop, d'une de ces coiffures composites, tout comme moi, qui suis, plus que jamais, super- extra- hyper-composite, fait d'un peu de papa d'un peu de chapska d'un peu de bonnet à poil d'un peu de maman aussi, les deux mêlés et enlacés pour mieux me chapeauter, et faire de moi un chapeau rond, un avorton, une casquette de loutre, un jean-foutre, un bonnet de coton, bref, rappelez-vous, une de ces pauvres choses dont la laideur muette dit assez l'imbécillité générationnelle qui en accoucha – et j'en veux soudain au nouveau de m'offrir, sous les espèces de son couvre-chef charbovarien, la recette à la fois chimique et psychique de mon être en sempiternelle décomposition, car je suis moi aussi ovoïde et renflé de baleines, molletonné de boudins circulaires, finissant en sac ou en polygone cartonné, je ne sais, ou plutôt si je sais, mais ce brevet d'Arlequin définit assez bien la pathétique invention qu'est ma petite personne broyée et mitonnée à la sauce Croisset ».
Vient la rencontre de Charles et Emma en boite de nuit dans une explosion de name-dropping :
« Emma ralentit et bombe ce qui, aux yeux d'un anatomiste, passerait pour son pubis, mais qui, dans la pénombre gyrophare, semble une tête de phalène. Charles refile sa bimbo à un boyz givenchysé et va se commander un london breeze (50 ml de vodka O2 givrée, 15 ml de vin muscadet, raisins sans pépins blancs, svp !), puis, un pouce pressé contre une narine, fait signe à Emma de le suivre aux toilettes, ça tombe bien, elle connait le chemin, cinq minutes plus tard les voilà tout empoudrés du cervelet, leurs cell-phones Vertu à boitier platine sertis d'armoiries en rubis (dont la composition en céramique est similaire à celle des navettes spatiales) se sont allègrement bloothoothé la fente APN, il lui plaît, elle lui plaît, ils retournent au bar, exigent en reniflant deux quarter deck( 2 cl de crème de cerise, 1 cl de cointreau, 2 cl de rhum, 10 cl de jus d'orange + 3 traits de citron vert, frappez le tout svp !) et s'entre-tâtent ».
On voyage donc dans l'oeuvre de Flaubert à travers une sorte d'hallucination. L'écriture est ciselée, polyphonique, ludique. Un vrai plaisir.
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dimanche, 27 janvier 2008
Katerine : doublez votre plaisir
Doublez votre mémoire, chez Denoël.
On se croit parfois éternellement jeune. Ou plutôt, malgré le démenti formel que nous impose le miroir chaque matin, et que nous faisons semblant de prendre pour le portrait d’un inconnu ou d’un usurpateur, il reste toujours une part de notre esprit qui tente de nous faire croire qu’on a encore quinze ans et demi…alors que ce n’est plus le cas depuis vingt-cinq ans. Je ne veux pas passer mon temps à parler du temps qui passe mais c’est à peu près les réflexions que j’ai pu me faire en repensant à ma découverte du premier album de Katerine et à la première fois que je l’ai vu en concert : ce devait être en 1993. Il y a 15 ans… Bon sang ! Je me rappelle que ce soir là, il faisait la première partie de Miossec, si mes souvenirs sont bons. Nous devions être une cinquantaine dans la salle (un caveau) et le public était visiblement coupé en deux suivant l’artiste que chacun était venu voir. Une partie était réticente, voire réfractaire, l’autre attentive voire subjuguée (c’est moi). C’est à partir de ce jour que j’ai commencé à détester Miossec.
Il est bien loin le temps où, retranché dans ma chambre d’étudiant et tentant de me réchauffer près d’un radiateur à gaz défaillant, j’écoutais Jeannie Longo.

Pour me consoler un peu, et pour fêter nos noces de cristal, Katerine m’offre, grâce à la magie de son dernier livre tel une pampille Baccarat, de doubler ma mémoire. Il est vrai que ces quinze années passées ensemble furent bien remplies, que ses albums ont plus que tourné en boucle à la maison et qu’il fallait peut-être un peu plus de mémoire pour que les disques durent (je sais, elle est facile !).
Bref. Il s’agit d’un journal graphique que Katerine a tenu pendant environ un an. On y trouve des dessins de l’auteur et tous les textes sont des reproductions des manuscrits, fautes d’orthographe comprises. Tout cela serait juste rafraichissant si certaines pages n’abordaient pas des aspects intimes et émouvants du personnage, mais le ton est globalement joyeusement délirant, poétique, onirique. Je ne veux pas trop déflorer l’ouvrage et je ne donnerai donc que quelques courts extraits.
Voici le texte du 29 /12/06 :
Un peu plus loin, un exercice d’écriture, avec un cadre réponse, dont voici le sujet :
Commentez cette phrase de Philippe Eveno : « tellement j’déteste, j’adore ». Citez des exemples.
Un peu plus loin, une autre formule paradoxale :
Je hais les gens parce qu’ils puent de la gueule et je les aime parce qu’ils puent de la gueule.
Je n’en dirai pas davantage. Je me contenterai d’ajouter l’extrait d’une interview donnée par Katerine au Nouvel Observateur :
J’ai pris plaisir à me jeter dans le public. Je m’en croyais incapable. J’enviais énormément Mathias du groupe Dionysos, quand il plongeait, tel un kamikaze. Je n’en étais pas là. Je me disais : jamais je ne franchirai le cap. Mon premier plongeon, ce fut au village de Beaurepaire, en Vendée, sur le tournage de « Louxor, j’adore ». J’ai plongé dans la foule. C’était le geste pur d’une confiance mutuelle. Dans le public, il y avait des personnes avec qui j’avais eu des démêlés [à l’internat], mais elles étaient là. C’est un geste important qui m’a réconcilié avec le reste de l’humanité, définitivement. J’ai dû faire une dizaine de plongeons. J’ai particulièrement apprécié celui que j’ai fait à Niort, en rappel. Les musiciens n’étaient pas là. J’ai plongé dans le silence, sans musique, c’était complètement impudique. J’entendais les gens parler, un rêve éveillé. Mon plus mauvais plongeon, je l’ai fait en Avignon. Je suis tombé. Mais je n’en tire aucune conclusion sur le Vaucluse. »On peut plonger sans crainte dans le journal de Katerine, il y aura toujours une page pour nous retenir.
15:40 Publié dans Littérature française | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Katerine, Doublez votre mémoire, Jeannie Longo
lundi, 12 novembre 2007
Christine Orban sort de chez son psy
Petites phrases pour traverser la vie en cas de tempête… et par beau temps aussi de Christine Orban.
Eh bien voilà ! Une fois de plus, je me suis fait avoir par le (trop joli) titre d’un ouvrage ! Ca ne présenterait rien de grave si cela ne m’avait coûté l’incroyable somme de 13 euros. Je préfère de loin voir pour le même prix deux films très moyens que de lire un mauvais livre. Qu’est-ce qui m’a pris ? Je pensais que ce genre de petit ouvrage pouvait faire un bon livre de chevet, un compagnon… une ou deux petites phrases avant de dormir et hop ! on fait de beaux rêves après la rencontre inattendue d’une pensée profonde et une légère méditation délicieusement soporifique. Une heureuse tisane pour les neurones.
On peut être certain, puisque « la recherche de la perfection est une des formes de la solitude », que cet auteur n’est assurément jamais seule. Elle ajoute d’ailleurs : « Des petites phrases ont gouverné ma vie ; j’ai dû me répéter des milliers de fois une phrase de Faulkner, de Nietzsche, ou de Cocteau ; et si la réussite d’un écrivain se résumait à une petite phrase que le monde entier connaîtrait par cœur ? ». J’espère pour elle qu’elle se trompe sinon c’est bien la garantie de son échec.
Pour couronner le tout, cette bourgeoise-pas-bohème-du-tout émaille son catalogue insipide de considérations qu’elle voudrait humoristiques mais d’un matérialisme confondant de bêtise : « Pas d’amant, quelle économie de lingerie ! » ou plus loin : « La lecture m’a épargné tant de voyages » et elle en rajoute une couche : « Ma propension à rêver m’a évité beaucoup de billets d’avion ». On économise, on épargne on évite : quelle leçon ! Son matérialisme peut également être d’une grande vulgarité : « Dans la vie, la marche arrière est aussi indispensable que dans une voiture ». « Qu’en termes élégants ces choses là sont dites » !! On trouve encore des remarques dignes d’être envoyée en SMS par une jeune adolescente sous Ritaline qui en bouffe son forfait SFR : « En amour, il suffit d’être le dernier, pas le premier » (Wouah ! Christine, elle est trop cool ta phrase, elle m’a fait kiffer grave, je l’ai recopiée au dessus de mon lit sous le poster de Britney après sa rupture avec Justin ! Ca m’a vachement rassurée dans mes rapports avec Kevin parce que c’est un peu la merde en ce moment, il est retourné avec Jessica. Ah bon ! Je t’ai pas dit ?). Et comment comprendre encore cette pensée : « On peut se tromper une fois, pas deux ». Qu’elle raconte ça à une femme battue ! Enfin, on a droit à des conseils de décoration que ne renierait pas une Valérie Damidot sous ecsta en train de négocier la loi de financement 2009 : « Il suffit parfois de changer un lit de place pour changer sa vision du monde ». Quelle maestria dans la répétition du verbe « changer » ! Quel formidable remède à la monotonie de la sédentarité ! Pour ce qui me concerne, c’est quand je pisse dans le lavabo que, parfois, ça change ma vision du monde. C’est pareil, madame ? Et quand l’essence est trop chère, je prends un Vélib et ça change ma vision du monde et de mes fessiers ?
Elle ne craint pas non plus de recycler des proverbes du genre : « Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait » mais à sa manière : « Les vieux ne sont plus riches. Les jeunes ne savent pas qu’ils le sont ». Quelle perspicacité, quelle nouveauté dans l’analyse !
J’ai surtout eu l’impression de lire ses tribulations mentales d’après séance chez son psy, quand la pensée divague et que l’on fait une trouvaille qui n’est merveilleuse que pour soi-même. « Quand on est amoureux, l’aimé est toujours absent, même présent… ». C’est aussi ennuyeux que d’écouter un ami qui nous raconte un rêve et qui, malgré toute l’amitié qu’on a pour lui, nous laisse froid comme le marbre. On se sent alors un peu obligé de lui dire quelque chose d’aussi profond que : « Ah ben dis donc alors ! », et on passe à autre chose, du genre : « Je te sers un autre pastis ? ».
A travers ces petites phrases par lesquelles elle se raconte, se dessine le portrait d’une femme. Elle est d’ailleurs à cet égard d’une certaine lucidité : « Maladie des temps modernes : certaines personnes n’existent qu’entre les pages d’un journal ». Pour ma part ma définition serait plutôt : « Maladie des temps modernes : on est toujours porteur sain de ce que l’on dénonce».
Certaines phrases ont cependant trouvé grâce à mes yeux, comme celle-ci : « La nuit, j’écris des notes urgentes et le matin, j’oublie de les lire ». Mais moi je sais que c’est ce que je fais quand j’ai un verre dans le nez et que je me trouve très intelligent. Je la soupçonne de toujours être d’un à jeun désespérant.
Je garderai donc de la lecture de cet ouvrage cette phrase juste, il me semble, dans mon cas : « Le bon moment est presque aussi important que la bonne personne. En fait, l’un ne va pas sans l’autre ». Nous ne nous sommes absolument pas rencontrés : je suis donc aussi mauvais que ce livre l’est.
A mon tour, pourquoi pas, de laisser ma petite phrase, tirée D’Anna Karénine de Tolstoï : «Vous êtes une de ces femmes charmantes avec qui l’on peut agréablement causer ou se taire ». Je conseille le silence à Christine Orban. Elle aura peut-être la chance d’être enfin charmante.
23:45 Publié dans Littérature française | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : christine orban, petites phrases pour traverser la vie
dimanche, 07 octobre 2007
L'Elégance du hérisson de Muriel Barbery
L’Elégance du Hérisson de Muriel Barbery – Gallimard La Blanche – 20 €
Ce livre est sorti l’an dernier et doit son succès à un formidable bouche à oreille. Il a quasiment fait le tour de toute ma famille qui s'est montrée vraiment enthousiaste. Je l'ai par ailleurs conseillé à des proches en panne de lecture et qui ont été absolument ravis. L’histoire est simple, émouvante et souvent pleine d’humour : la concierge taciturne cache bien son jeu mais risque à chaque instant d’être démasquée. La jeune fille à l’étage mène un bien sombre projet… Présenté de cette manière, l’ouvrage ressemble à un polar, et il est vrai qu’il contient un certain suspens. C’est surtout un livre très bien écrit, assez érudit puisqu'il reprend de nombreuses références littéraires, mais il n'est jamais prétentieux, toujours plein de finesse, de délicatesse et de subtilité. Certains critiques l' ont trouvé trop imprégné de philosophie (son auteur est professeur de philo)... On en sort pourtant avec la banane et la larme à l’œil en même temps, ce qui est plutôt original, pour un cours de philo !
19:50 Publié dans Littérature française | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Et si c'était niais ? de pascal Fioretto
Et si c’était niais ? de Pascal Fioretto – Editions Chiflet & Cie – 15 € - 210 pages

L’auteur a construit son récit policier à travers différents pastiches d’auteurs contemporains pour chacun des chapitres. On retrouve ainsi Denis-Henri Lévi, pour le chapitre Barbès Vertigo, Pascal Servan pour Ils ont touché à mes glaïeuls (Journal, tome XXII) ou Christophe Rangé pour Les limbes pourpres du concile des loups, par exemple, dont voici un extrait : Une scène de la guerre du Golfe lui revint en mémoire, enserrant de ses pinces glaciale sa nuque poilue. La bulle d’épouvante, cernée de peur, remonta des sables mouvants de sa mémoire la plus boueuse et vint crever à la surface de sa conscience avec un bruit de phalange brisée. Il pensa au sergent Teddy, son meilleur pote durant les opérations terrestres. Lors d’une incursion en terrain ennemi, les bicots à chameaux avaient capturé Teddy et l’avaient ligoté au soleil du désert pendant des jours et des nuits interminables. Pourtant, malgré la soif, malgré le sable brûlant qui s’infiltrait partout et irritait les plis cutanés, malgré la nourriture affreusement pimentée, Teddy n’avait pas flanché. Au bout de six semaines, le sergent avait été relâché. Quand on l’avait vu réapparaître, à l’aube, amaigri et mal rasé, Adam s’était précipité vers celui qu’il considérait comme son frère d’armes. Teddy semblait infiniment las mais égal à lui-même, si ce n’est qu’il se cognait dans les meubles, égarait de menus objets, pissait à côté de la cuvette et ne retrouvait plus sa chambre… Ce n’est qu’au bout de quelques jours qu’Adam avait compris l’atroce vérité : Teddy s’était fait arracher les yeux durant sa captivité.
On croise également Mélanie Notlong, qui propose pour tout dîner de l’Etorki en corruption bactérienne ainsi que des petits suisses datant de 1999. On a droit à un savoureux monologue de Jean d’Ormissemon se croyant à l’article de la mort qui s’adresse à ce qu’il pense être des anges : De toutes façons nous savons tous que vous arrivez toujours trop tôt. Sans vous, il y aurait encore tellement de jolies choses à faire, de livres à écrire, d’accortes jeunes femmes à raccompagner en décapotable. Tant de baignades dans les Cyclades, de Martini à la terrasse du Danieli, de valses à Vienne, de neige à Courchevel, de moutarde à Dijon, d’oracles à Delphes et de cyprès sur les crêtes de Toscane… Mais ainsi soit-il. Puisqu’il est temps, je laisse les gondoles à Venise, le printemps sur la Tamise , je laisse au loin les pyramides, et le soleil de Floride. On n’ouvre pas les valises, on est si bien…
Sans être un chef d'oeuvre, l'ensemble est très divertissant et se lit rapidement, comme on mangerait une sucrerie. Je vous laisse découvrir la parodie de Christine Angot (qui devient Christine Anxiot) qui est extraordinaire de mordant.
19:20 Publié dans Littérature française | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note











































