lundi, 13 juillet 2009

Demain les chiens de C. D. Simak

demain les chiens.jpegExtrait : "Il semble, à la lecture de ces contes, que l'homme disputait une course, sinon avec lui-même, du moins avec quelque poursuivant imaginaire qui le talonnait. L'Homme était lancé dans une quête insensée de puissance et de connaissance, mais on ne trouve nulle part la moindre allusion à l'usage qu'il entendait en faire une fois qu'il les aurait obtenues. "

Cet ouvrage retrace donc à travers huit contes que rapportent les Chiens ayant pris le pouvoir, cette course de l'humanité sur une douzaine de siècles et en 300 pages (on est loin de certaines oeuvres de SF actuelles spécialistes en délayage sur un nombre infini de tomes tous plus vides les uns que les autres). Le récit est foisonnant, non seulement parce que l'imagination est débridée, ne s'interdit aucune perspective (les chiens ont la parole, certains hommes deviennent des mutants, d'autres s'exilent sous une nouvelle forme sur Jupiter ou dans d'autres dimensions, les robots prennent leur indépendance...) mais aussi parce qu'une question bien contemporaine y est posée : quel est l'avenir de l'Homme ? Comment pourrait-il être amené à disparaître ?

Un certain pessimisme se dégage de ce livre qui met en avant "la vanité de l'Homme, sa perpétuelle agitation, sa façon de chercher sans cesse à parvenir à un mode d'existence qui le fuit, peut-être parce qu'il ne sait pas exactement ce qu'il veut."

Et puis également, un regard sur la production littéraire et l'art face au progrès technique au moment où, dans le récit, l'humanité va s'endormir :

"- Vous avez l'air découragé, Jon. Fatigué. Vous ne devriez pas être fatigué. Il n'y a pas de raison. Vous devriez sortir un peu. Un autre verre ?

Il secoua la tête :

- Non, Sara, merci. Je n'ai pas envie. Non, voyez-vous, Sara, j'ai peur... oui, peur.

- Comment, peur ?

- Prenez cette pièce, dit Webster. Tout n'y est qu'illusion. Des miroirs donnent l'illusion de la distance. Des ventilateurs font souffler une brise salée, des pompes font naître des vagues. Il y a un soleil artificiel. Et si le soleil ne me plaît pas, je presse un bouton et j'ai une lune.

- Des illusions, dit Sara.

- Parfaitement, dit Webster. C'est tout ce que nous avons. Pas de vrai travail, pas de vraie situation. Nous travaillons sans but, nous n'avons pas d'endroits où aller. Après vingt ans de recherches, je vais écrire un livre que personne ne lira. Il suffirait pourtant aux gens de prendre le temps de le lire, mais ils ne le prendront pas. Cela ne les intéresse pas. Ils n'auraient qu'à venir m'en demander un exemplaire... et même s'ils ne s'en sentaient pas la force, je serais si content que quelqu'un le lise que j'irais bien le leur porter. Mais personne n'en voudra. Mon oeuvre s'en ira rejoindre qur les rayons des bibliothèques les autres livres qu'on a écrits. Et moi, qu'est-ce que j'en aurai tiré ? Attendez... je vais vous le dire. Vingt années de travail, vingt années à me duper, vingt ans de santé d'esprit..."

mardi, 01 avril 2008

Les Chasseurs de Dune de Brian Herbert et Kevin J. Anderson

9782221108390.gifJe viens seulement de terminer un ouvrage sorti l'an dernier que j'avais déjà prêté avant même de l'avoir lu. Maintenant que c'est fait, je me dis que j'aurais carrément pu m'en passer. Voici un extrait de la note des auteurs, Brian Herbert et Kevin J. Anderson, écrite en avril 2006 :

« Nous avons décidé d'écrire d'abord une trilogie qui sonstituerait un prélude – la série des Avant Dune : La Maison des Atréides, La Maison Harkonnen et la Maison Corrino. Quand nous avons commencé à explorer tous les documents que Franck Herbert avait conservés, afin d'écrire La Maison des Atréides, Brian a été surpris de découvrir l'existence de deux coffrets que son père avait retirés de sa banque peu avant sa mort. A l'intérieur, Brian et un exécuteur testamentaire découvrirent des feuillets édités avec une imprimante à aiguilles, et deux vieilles disquettes informatiques intitulées « Ebauche de Dune 6 » - des pages décrivant précisément ans quelle direction le créateur de Dune comptait poursuivre l'histoire [...] Nous sommes heureux de pouvoir vous annoncer que depuis la publication de La Maison des Atréides, les ventes du Cycle de Dune de Franck Herbert ont considérablement augmenté ».

Cet extrait dit beaucoup du cynisme, de la malhonnêteté des auteurs et de leur esprit mystificateur. Ils tentent tout d'abord de nous donner l'impression que leur découverte est digne de celle de la pierre de Rosette en insistant sur le caractère antique de « l'imprimante à aiguilles », « deux vieilles disquettes », comme si leur exhumation pouvait être assimilée à une véritable trouvaille archéologique. Mais la manipulation ne s'arrête pas là. « Les ventes ont considérablement augmenté » : le lecteur est félicité de se faire le vecteur de cette découverte comme si elle mettait à jour une vérité quasi historique. Cette vérité est tout de même nettement plus prosaïque : les ventes ont augmenté et les revenus des auteurs en proportion. Je suis trop cynique à mon tour ? Franck Herbert, tout à l'admiration de l'oeuvre de son père ne s'en veut pas uniquement le dépositaire mais aussi le continuateur ? Eh bien quelqu'un devra tout de même lui dire un jour, si ce n'est déjà fait, qu'il le trahit, son père, et que s'il a des comptes à régler cela se ferait de manière peut-être plus efficace sur le divan d'un psychanalyste. Ce rapport ambigu au père est patent dans la note ; « Dès le début de notre tâche monumentale, il nous est apparu qu'il serait non seulement impossible, mais également stupide, de vouloir imiter son style. Nous étions tous les deux fortement influencés par sa manière d'écrire, et certains fans ont relevé certaines similitudes ». Une chose est sûre, ces « fans » ne sont pas des critiques lttéraires. La construction de ce dernier opus en date n'est qu'un vague zapping sans véritable contenu. Les auteurs n'ont pas su vraiment quoi faire des quelques notes dont ils disposaient. Leur technique a donc été simple : ils n'ont rien inventé, ils ont délayé. Ils n'ont pas écrit, ils ont dilué. On se retrouve donc avec 534 pages de vide quasi absolu où des chapitres d'une très grande brièveté et sans grand contenu se succèdent.

J'ai découvert le cycle de Dune il y a 25 ans, alors que j'étais jeune collégien, toujours plongé dans les oeuvres de Jules Verne. C'est un cycle qui a, en partie, construit le lecteur que je suis à présent. C'est dire la déception que j'éprouve aujourd'hui après en avoir découvert ce nouvel avatar, ou plutôt, ce dernier bâtard. Il subsiste cependant un petit doute : cet ouvrage est-il vraiment sans aucun intérêt ou dois-je accepter que mes émerveillements d'adolescent soient définitivement émoussés ? « La saga de Dune est loin d'être terminée ! » nous disent Brian Herbert et Kevin J. Anderson. Pour ce qui me concerne, elle s'est certainement achevée il y a 25 ans. Malheureusement. Mais j'en ferai sans doute plus rapidement le deuil que Brian Herbert.

 

Pour mémoire, un extrait du film de David Lynch