mardi, 16 octobre 2007
Trente millions de visiteurs
Tout a commencé au cours d'un printemps pendant lequel j'avais décidé d'égayer mon blacon, du haut de mon troisième étage. J'étais parti pour l'achat de quelques géraniums et puis en cours de route, je m'étais dit qu'il valait mieux investir dans le comestible. J'avais donc acheté quelques plantes aromatiques, menthe, thym, basilic, ciboulette, histoire de donner un peu de vie à mes omelettes et mes coquillettes, ainsi que des plants de tomates cerises. Au bout de quelques semaines, j'étais très fier de moi : on pouvait, sur mon balcon, à l'heure de l'apéro, déguster quelques tomates encore chaudes entourées de feuilles de basilic et même y ajouter quelques fleurs poivrées de capucine. On pouvait aussi se servir un verre de rhum et l'agrémenter de quelques feuilles de menthe avec un trait de citron vert. J'avais également acheté quelques plants de fraises dont j'attendais la maturité avec impatience. Je les observais donc chaque jour, lors du café matinal pris sur le balcon dominant la ville, en jouissant de ce moment privilégié durant lequel j'appréciais ma chance de me trouver, dans la cité polluée, entouré de toutes ces plantes dont je pouvais simplement froisser les feuilles pour me sentir parfumé pour la journée. Vint le jour où la première fraise allait être prête à consommer. "Demain matin, j'aurai une fraise fraîche au petit-déjeuner" me disais-je alors innocemment. Le lendemain matin, le constat est terrible, le carnage indicible : toutes les fraises, vertes, sont bien là, à l'exception de la fraise mûre qui a mystérieusement disparu. Le scénario se reproduisit pendant quelques semaines et le coupable n'était toujours pas identifié jusqu'au soir où, plongé dans je ne sais quelle rêverie sur le balcon, je vis un petit animal touffu descendre le long du mur et s'arrêter, interloqué, devant moi : un loir ! J'avais le fin mot de l'histoire. Il a mangé toutes mes fraises, consciencieusement, mais j'ai réussi à voler une photo, floue, certes, de lui, un soir où il pensait que j'étais sorti.
Mon vieil appartement a une vie nocturne qui lui appartient : la nuit, le parquet craque, les murs se détendent, la toiture prend ses aises. Pourtant, depuis quelques nuits, celà prenait des proportions sonores inhabituelles. La petite musique de nuit avait plutôt des alllures de symphonie wagnerienne. Je compris très vite que se jouait ici un nouvel épisode de Bernard et Bianca. J'en eus rapidement la confirmation. J'avais en effet laissé sur la table de la cuisine un paquet de biscottes que je réservais, là encore, pour mon petit déjeuner. Au matin, la première biscotte du paquet se trouvait à moitié grignotée et je décidai immédiatement de baptiser ma première souris. Elle s'appelerait "Biscotte". La deuxième décision fut d'acheter du raticide, au grand dam de tous mes proches qui, eux, se montraient assez heureux de me voir élargir notre cercle amical. Le calme ne revint qu'au bout d'un temps qui me parut interminable. J'imaginai les pires scénarios : mes livres grignotés, les fils électriques dévorés, mes vêtements mutilés. L'apaisement vint cependant, et j'annonçai la mort de Biscotte à tout le monde en faisant de mon mieux pour paraître triste.
Quelques jours plus tard, cependant, je fus alerté par des bruits qu'il me semblait reconnaître. Non, ce n'était pas possible, j'étais victime d'hallucinations sonores ! Celà ne pouvait pas être Biscotte, on ne revient jamais du paradis des fromages c'est bien connu. J'avais bien toute ma raison. L'enfant de Biscotte était né et se montrait tout aussi vigoureux et gourmand que sa défunte maman. Je décidai immédiatement de la baptiser : elle s'appellerait "Chapelure". Avant de mettre fin à ses jours, j'eus le temps de l'immortaliser... un mois plus tard, j'avais mon premier ordinateur, et je fis la connaissance de ma nouvelle souris. On s'entend pas mal tous les deux.
22:50 Publié dans Entre chien et loup | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : souris, loir












































