dimanche, 27 janvier 2008

Sophie Calle : artiste qui suit - artiste à suivre

2f770350cf09a83004b45cc334d5105d.jpgIl y a eu un  jour où j’ai rencontré le travail de Sophie Calle. J’ai oublié ce jour. Mais je me souviens de tout.

Il y a le jour où j’ai vu son film No sex last night. Cette fois où j’ai acheté ses livres, dans le rayon « inclassables » (!) de mon libraire. La première fois où j’en ai parlé à mes amis. Où il fallait expliquer à quoi ça ressemblait. Et qu’ils m’ont dit que ça me ressemblait. Ce n’était pas vrai. Ca ne me ressemblait pas. Ca ressemblait à certains de leurs fantasmes personnels me concernant, peut-être, mais ça n’était pas moi.

Le jour de ma rencontre avec elle a disparu. Ce n’est pas grave. Je ne souhaite pas faire un travail à partir de cette rencontre. Je souhaite juste rendre compte. De moi. A partir d’elle. C’est marrant de voir comment « à partir », juste cette locution, est ouverte : elle est un début et un affranchissement. Marrant de voir comment, étymologiquement, « partir » englobe partager, « répartition »,  séparer et se séparer, s’en aller.

Afin de partager mon intérêt pour cette artiste, je vais donc partir de quelques exemples de son travail et l’on verra où cela me mène. Je dis « quelques exemples » mais il en faudrait beaucoup parce qu’il est, je crois, presque impossible de la comprendre sans tout connaître ou presque de son œuvre.

Sophie Calle est d’abord une artiste que j’aime parce qu’elle a énormément travaillé sous contrainte, en s’imposant des règles, à la manière de l’Oulipo et de Georges Pérec, des rituels. J’aime voir comment la créativité s’exerce dans la contrainte. Ainsi, depuis l’âge de 27 ans, elle s’est imposé l’obligation de conserver dans des vitrines tous les cadeaux d’anniversaire offerts par des convives dont le nombre était établi en fonction de son âge. Ce rituel s’est achevé à 40 ans, en présence donc, de 40 invités. Voici comment elle a présenté sa démarche : Le jour de mon anniversaire je crains d’être oubliée. Dans le but de me délivrer de cette inquiétude, j’ai pris en 1980 la décision d’inviter tous les ans, le 9 octobre si possible, un nombre de convives équivalant à mon nombre d’années. Parmi eux, un inconnu que l’un des invités serait chargé de choisir. Je n’ai pas utilisé les cadeaux reçus à cette occasion. Je les ai conservés, afin de garder à portée de main les preuves d’affection qu’ils constituaient. Les photos des vitrines dans lesquelles ont été conservés ces cadeaux peuvent être retrouvées dans le livre « Le rituel d’anniversaire ». J’aime beaucoup l’idée que l’on puisse calmer une angoisse par une démarche claire, simple, ludique et qui permet de se projeter dans l’avenir. Il ne s’agit pas uniquement ici d’une manie de collection, d’accumulation impersonnelle. Il s’agit surtout de se souvenir des témoignages d’amour… que l’on oublie trop souvent, et finalement de voir que l’âge peut être un gain et pas uniquement une perte.

Les contraintes qu’elle s’impose peuvent également s’inscrire dans un jeu. Ce fut le cas dans le cadre de sa collaboration avec Paul Auster. Voici le résumé qu’elle en fait : Dans le livre Léviathan, paru aux éditions Actes Sud [maison d’édition de Sophie Calle également], l’auteur, Paul Auster, me remercie de l’avoir autorisé à mêler la réalité à la fiction. Il s’est en effet servi de certains épisodes de ma vie pour créer, entre les pages 84 et 93 de son récit, un personnage de fiction prénommé Maria, qui ensuite me quitte pour vivre sa propre vie. Séduite par ce double, j’ai décidé de jouer avec le roman de Paul Auster et de mêler, à mon tour et à ma façon, réalité et fiction. […] L’auteur impose à sa créature un régime chromatique composé d’aliments d’une seule couleur par jour : j’ai suivi le même régime. Il lui fait vivre des journées entières basées sur certaines lettres de l’alphabet : j’ai fait comme elle. Sophie Calle raconte ce projet dans De l’obéissance.

d7619632788cf99e511f685490e37b90.jpgDe manière générale, ce qui m’intéresse surtout c’est l’implication personnelle de Sophie Calle dans ses projets et la manière dont elle traite l’autobiographie et le pacte autobiographique qu’elle nous propose par l’image et par le texte. En voici un exemple, extrait de Dix histoires vraies : Le nez J’avais quatorze ans et mes grands-parents souhaitaient corriger cher moi certaines imperfections. On allait me refaire le nez, cacher la cicatrice de ma jambe gauche avec un morceau de peau prélevé sur la fesse et accessoirement me recoller les oreilles. J’hésitais, on me rassura : jusqu’au dernier moment j’aurais le choix. Un rendez-vous fut pris avec le docteur F., célèbre chirurgien esthétique. C’est lui qui mit fin à mes incertitudes. Deux jours avant l’opération il se suicida.

Le travail de Sophie Calle ne se limite pas à quelques anecdotes, il y en a des dizaines, dont on ne sait jamais si elles parlent de la réalité ou de sa vérité.

38dfff8cd4c05ed6c411c8acab1daf36.jpgJ’ai beau regarder, jamais je ne me souviens de la couleur des yeux des hommes, ni de la taille ni de la forme de leur sexe. Mais j’ai pensé qu’une épouse se doit de ne pas oublier ces choses-là. J’ai donc fait un effort pour combattre cette fâcheuse amnésie. Maintenant je sais qu’il a les yeux verts.

Quand Sophie Calle ne livre pas son intimité, c’est à celle des autres qu’elle se consacre : suivre des inconnus dans la rue, se faire femme de ménage dans un hôtel pour témoigner de leurs occupants, reconstituer une personne, sa vie,  à partir de son agenda et répertoire.

Je me suis souvent donné l’occasion de travailler avec des élèves sur certains de ses textes et en particulier sur un extrait de l’ouvrage Disparitions  qui rapporte les propos et sentiments de personnes ayant côtoyé des tableaux qui ont disparus (volés, brûlés…). J’ai en particulier proposé plusieurs fois le texte concernant le tableau intitulé Le major Davel  Charles GLEYRE.doc qui a été brûlé en 1980. Je trouve ce texte très émouvant.

4d4ebbfbb1686e9df3c860a6ba8112f9.jpgSi j’évoque aujourd’hui cette artiste, c’est parce que je viens de terminer un ouvrage la concernant. Il s’agit d’un essai d’Anne Sauvageot intitulé Sophie Calle, l’art caméléon (PUF - 2007) qui est assez concis, facile à comprendre et permet d’avoir un tour d’horizon assez complet de l’œuvre de l’artiste. Il propose également une réflexion intéressante sur l’art contemporain quand il s’empare de l’intime ou quand il joue sur les codes du reality show. Voici un extrait de l’introduction de ce livre :

J’aime Sophie Calle. Nous aimons, vous aimez Sophie Calle – à moins bien sûr qu’elle ne vous irrite ou ne vous agace trop. En toute réciprocité, Sophie Calle nous aime et vous aime puisqu’elle nous fait présent de son intimité et nous ouvre les porte de sa vie privée en nous donnant à la partager – du moins par procuration. Nous en connaissons les bonheurs et les malheurs, les peurs et les excitations, les amitiés et les indifférences. Sophie Calle se dit, se montre et s’affiche. Nous  connaissons les couleurs de ses draps, de ses menus, de ses humeurs et une telle exposition de soi sur la scène publique nous plongerait d’emblée dans la télé-réalité, si nous ne savions que Sophie Calle est une artiste, et non des moindres […] De telle sorte que surgit la question irrépressible : suffit-il d’être une artiste – a fortiori des plus reconnues – pour que s’opère la distinction entre création et consommation, entre délit pour initiés et variété populaire ? Sous son air narquois, la question est sérieuse même si elle est loin d’être nouvelle : suffit-il de nommer l’art pour qu’il en soit et suffit-il d’en conquérir les réseaux mondains et professionnels pour que l’artiste, qui aspire à l’être, en soit une ?

Il y a eu un  jour où j’ai rencontré le travail de Sophie Calle. J’ai oublié ce jour. Mais je me souviens de tout.

mardi, 02 octobre 2007

Aujourd'hui Madame

J'ai regroupé ici un certain nombre d'images qui, pour des raisons diverses, me tiennent à coeur.  Certains trouveront sans doute que le titre donné à cet album est bien étrange et que les photos qu'il contient ne reflètent en rien l'image de la femme contemporaine. D'autres se diront peut-être que ma vision de la femme est pour le moins particulière, et ils n'auront pas tort. D'autres, enfin, penseront que je fais preuve d'un humour bien noir voire extrêmement douteux, et ils n'auront pas tort non plus. L'émission "Aujourd'hui Madame" est restée dans la mémoire des personnes de ma génération principalement pour son célèbre générique. Elle était surtout la première émission de la femme et du féminisme des années 70. Alors, en quoi les femmes plutôt amochées de cet album ont-elles un rapport avec le féminisme ? Il ne s'agit aucunement de dire que ces femmes sont des victimes de la puissance masculine et que la lutte féministe doit se poursuivre. Bien au contraire, je pense que ces représentations, sans montrer véritablement une victoire du féminisme, en expriment les limites, ou même le questionnent, au même titre que le font toutes les représentations de la femme parfaite dont nous sommes abreuvés par les publicitaires, pour ne prendre qu'eux pour exemple. Commençons par le commencement.76c15ec0ffd7abd2c1bd52b78887177e.jpgParallèlement à cette imagerie de la femme "divine", une toute autre imagerie s'est développée chez les artistes, hommes ou femmes, ces dernières années et cette imagerie forme, je crois, un formidable contrepoids ou un excellent complément, question de point de vue. En début d'album j'ai choisi de présenter l'image de l'Origine de la guerre par Orland75bfde3272fa30f721cabd558d1fb73.jpg non pas parce que son message me parait pertinent (l'homme à l'origine des guerres et la femme à l'origine de la vie, L'Iliade d'Homère en est un bon contre exemple) mais parce qu'il témoigne d'une vision certes amusante mais complètement dépassée. Je l'ai choisie parce que je suis convaincu que la femme est en état de guerre actuellement,  pas contre les hommes, mais avec elle-même, contre elle-même. Je perçois en effet certaines des images de cet album comme des représentations de guerrières, perdantes ou victorieuses voire, dans l'ambiguité de leur folie, perdantes et victorieuses. La jeune fille décharnée, ensanglantée et verdâtre de Matthew Barney s'inscrirait, au premier abord dans la catégorie des perdantes. Elle apparait dans l'un des courts métrages extrait du Cremaster Cycle de cet artiste.bcdb6a65dc08d9399e6961ff0574b76c.jpgDans ce film, elle sort littéralement de terre et accède à une modernité qui la tue (je schématise), de manière totalement absurde. Le problème est que, dans ce film, les hommes sont traités exactement de la même manière. Serions-nous tous logés à la même enseigne ? Cindy Sherman, en jouant sur certains codes a également représenté la femme dans cet état, sur un mode moins gore toutefois mais tout aussi inquiétant.

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La photo de Nan Goldin m'interroge également. Que penser de cette femme aux cocards qui a pris le temps de se coiffer et de se maquiller les lèvres d'un rouge percutant ?ac42d454b624c5eab384955dd816acd6.jpg Ce n'est pas une perdante. Ecorchée, peut-être, mais victorieuse. La plus intéressante dans sa démarche me semble être Cindy Sherman, dans la mesure où son projet à consisté à se transfomer en toutes les femmes, une hyper-femme, en quelque sorte. La morte mise en scène, la femme battue mise en scène,0f7b2dfc8c3d70aee448840e816a8b4c.jpg le clown grotesque.be147fd62926d0bd178ffbdd920df165.jpgElle donne l'image d'une femme qui peut choisir toutes les apparences pour rendre compte de son époque, de sa culture (l'homme a-t-il ce choix ? l'homme artiste a-t-il cette possibilité ? si oui, quels artistes ont tenté ce tranformisme dans leur propre sexe ? plus encore, seraient-ils crédibles en tant qu'artistes dans cette démarche ? ).

D'autres images "choc" de certaines femmes m'ont vraiment fasciné. Je pense d'abord à cette image de Béatrice Dalle dans Trouble every day de Claire Denis, et son visage ensanglanté. Elle suit une séquence de dévoration assez rude à voir. Elle a les yeux fermés et l'on ignore si'il s'agit d'une extase absolue, d'une libération ou peut-être d'une souffrance. L'artiste Serge Comte s'est lui aussi penché sur l'anthropophagisme dans son ouvre Orange sanguine : des hommes travestis racontent comment ils ont dévoré un autre homme, de manière froide et distanciée. 858ca2fd1afa6f5dcf1c5ee98bd3b36f.jpgJe pense également à cette image de Marina de Van extraite de Dans ma peau, qu'elle a réalisé. On la voit dans ce film suite à petit accident d'apparence bénin, éprouver une subite fascination pour sa peau qu'elle va d'abord gratter, découper, tanner. Le délire d'enfermement et d'auto-mutilation est poussé à bout et certaines scènes sont difficilement supportables. d6d5380bed2b11ecd3b21fac6a5b0620.jpgLe film part sur un petit événement anodin : le personnage incarné par Marina de Van n'obtient pas au sein de son travail la promotion qu'elle était en droit d'attendre. Elle se sent alors rejetée par la société, son travail, ses amis. Toute l'agressivité qu'elle éprouve à ce moment de sa vie, elle va la rejeter sur elle-même et en éprouver un immense plaisir douloureux. Une très grande souffrance dont elle est la maîtresse et non pas la victime. Entre la mante religieuse et la femme blessée qui prend sa souffrance en main on n'est pas vraiment dans la représentation de figures féminines qui ne seraient que des victimes. C'est à mon avis bien plus complexe. Ainsi, le message véhiculé prend même un contenu plus sociologique, voire politique. "Les souffrances individuelles ne sont plus attribuées à l'injustice ou au mauvais fonctionnement de la société, ce qui entraînerait la recherche d'une réforme de cette dernière ; elles ont tendance, au contraire, à être de plus en plus souvent perçues comme le résultat d'une offense personelle, d'une atteinte à la dignité individuelle et à l'estime de soi, lesquelles réclament donc une réaction ou une vengeance personnelles" d'après le sociologue Zygmunt Bauman. J'ajoute que c'est souvent à son propre détriment ou contre soi que cette réaction et cette vengeance trouvent le moyen de s'exercer.

Le film Brazil présente également quelques figures de femmes intéressantes. La principale est bien sûr celle dont le héros, un homme faible, maladroit et embarqué dans un périple kafkaïen, est amoureux. Elle se présente sous une double forme : celle de la femme fantasmée sous la forme d'un ange blond magnifique et celle, réelle cette fois, d'une femme énergique, une terroriste qui milite pour les droite de l'homme. Mais c'est surtout la mère du héros qui m'intéresse et l'une des images du film est restée célèbre. 5f58d81f6bdd17bfca0c4654aa3320d3.jpgCette femme étirée n'a pourtant rien d'une victime. Elle est énergique, riche. Elle utilise ses appuis pour permettre à son fils d'avoir une promotion. Evidemment, son opération de chirurgie esthétique est plutôt spectaculaire, elle semble se plier à la dictature de l'apparence que la société dans laquelle elle vit, et sur laquelle elle ne porte aucun jugement, lui impose. Mais là aussi, c'est elle qui décide. En tout cas, pour elle aussi, c'est la peau qui pose un problème, c'est le corps que l'on doit absolument modifier. Cette autre image me semble relayer cette idée. 3981e84c8bddda88e3310ca01cddd54e.jpgCette belle jeune femme, elle aussi se soumet à une certaine torture. On se trouve clairement dans l'imagerie sado-masochiste et peut-être dans un travail préparatoire et accessoirisé. Elle semble se préparer à "recevoir" en vérifiant dans un miroir l'évolution de ses exercices. Rien de dégradant là-dedans, rien de douloureux malgré l'incompréhension que l'on peut ressentir face à cet exercice des zygomatiques. Il y a dans ces deux photos un bien étrange sourire.

Au delà de l'image de la femme, c'est également l'image de la mère qui a été assez malmenée, même si le XXème siècle n'a rien inventé et certaines représentations de Vierge à l'enfant m'ont surpris. C'est le cas de celle choisie par Peter Witkin. 5e08b2dd230fc8e37ef86cdf77e1f7d0.jpgOn est ici plongé dans un univers personnel chez cet artiste qu'il est assez difficile de décrypter, mais cette image exerce sur moi une étrange fascination. Cette mère au visage monstrueux dirige un jet de lait vers un singe. C'est tout aussi étrange dans le film Visitor Q de Takashi Miike. 029078f9002690a5e19d1a17eaed48ee.jpgIci, c'est la mère battue par un fils lui-même rejeté par ses camarades, droguée, qui se révèle finalement grâce à la présence d'un étrange jeune homme venu de nulle part (on pense à Théorème de Pasolini). Elle finit par expulser son lait sur toute la famille armée de parapluies et nourrir son propre mari au sein. Par ailleurs, le dévoiement de l'image de la mère à l'enfant peut prendre une tournure plus politique. C'est le cas dans cette image d'Enrico Chaido Rana qui date d'octobre 2002. 780aa4fcf1fc4bf571f88ba0f8e493f7.jpgLa Renaissance italienne, revue et adaptée au goût du jour.

Ce que je veux montrer à travers la subjectivité de cette sélection, c'est que c'est globalement l'image de l'homme qui en prend un sacré coup à bien y réfléchir. Un homme faible, coincé dans le carcan de ses représentations figées, non malléables, tyrannisé, mangé, ignoré. Comme si son image ne permettait plus  aucune projection symbolique.098bc2b0b4db0213b7346998a5b7ae27.jpg Enfin, cette image de la poupée de Hans Bellmer peut être interprétée de différentes manières. La femme ne serait a priori qu'une barbie désarticulée, en kit, modulable au gré des envies, ce qui en ferait le symbole de l'asservissement absolu. Pour ma part, j'y vois plutôt une sorte de figure christique sur une crois tronquée, pliée, tarabiscotée. Cette jeune fille au regard perdu a une tête, et une seule, mais deux paires de jambes qui partent dans des directions opposées. Pour cette raison, loin de voir dans cette représentation figée d'une femme écartelée, je suis plus sensible à sa dimension narrative : on me raconte comment la femme tente le grand écart, comment elle peut aller dans deux directions différentes, en même temps et à toutes jambes, comment elle peut être elle-même et une autre, ici et ailleurs. Bref, une femme quantique dont l'état se fige dès qu'on la regarde mais qui reste à jamais irréductible.