samedi, 10 avril 2010

Cadeaux d'élèves

Avant chaque période de vacances, j'ai pris l'habitude faire passer tous mes élèves à l'oral. Il s'agit pour eux de présenter devant leurs camarades un ouvrage de leur choix (plus ou moins orienté par mes soins !). Cette semaine était placée sous le signe de l'ouvrage documentaire pour ma classe de 5ème.

A cette occasion, Robin m'a présenté une Petite Encyclopédie de la Fantasy. A la fin de son intervention, il a donné un certain nombre de définitions qui se trouvaient à la fin du livre. Et il a ajouté celle-ci en particulier, sous forme de devinette :

"Il y a aussi la définition d'une petite créature dont je vais vous faire part. Cette petite créature lettrée vit dans les bibliothèques du collège. C'est un adepte des Robert et des Larousse. Il adore lire et aime les langues, plus particulièrement le français. Toute la journée, les enfants bougent autour de lui. Ils aiment bien l'écouter car c'est un très grand gardien du savoir. Qui est-ce ?"

Je dois dire que ce petit ajout m'a bien fait plaisir.

Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que mes élèves se servent de moi comme support d'écriture. Ainsi, sur ce forum d'écriture inspiré par les aventures de Harry Potter et découvert par hasard, on trouve un portrait de moi assez amusant (en tout cas à mes yeux).

Ca fait du bien !!

dimanche, 21 mars 2010

Vacance au pays perdu de Philippe Ségur

Philippe Ségur.jpgVoilà enfin le livre qui m'a fait rire cette année, il était temps ! Pour résumer vite fait : un graphiste hypocondriaque et végétarien décide de partir à l'aventure avec son pote cricri  (sans majuscule, tiens, tiens !) pour tenter d'échapper une semaine à sa femme et ses enfants qui le désespèrent. Direction : l'Albanie !

Première page : "Nous roulions depuis une trentaine de kilomètres lorsqu'un couinement nous est parvenu depuis l'arrière. Ma femme tenait le volant. J'occupais le siège du passger à côté d'elle. De nouveau, ce couinement s'est fait entendre. Je crois que j'ai oublié ma carte bancaire, a gémi mon cricri, assis sur la banquette. Je me suis retourné vers lui d'un bloc. Nous n'étions plus très loin de l'aéroport, il était trop tard pour rebrousser chemin. J'ai regardé mon cricri dans les yeux. J'ai regardé ma femme.

- Tu entends, j'ai fait. Il a oublié sa carte.

Elle m'a fixé d'un air neutre.

- Il a oublié sa carte, c'est magnifique, j'ai ajouté.

Je me suis rencogné dans le fauteuil en soupirant d'aise. Depuis que les Romains avaient cessé de déchiffrer les présages dans les entrailles de marcassin et la gelée d'écureuil, personne n'était plus attentif que moi à la lecture des signes. Et l'oubli de sa carte bancaire par mon cricri au moment de nous embarquer pour l'étranger alors que nous n'avions pas un sou en poche me paraissait du meilleur augure."

Voilà, le ton est donné dès le début : l'humour, le décalage, le grain de folie, le contre-pied... et le début de l'épopée  d'un anti-héros comme je les aime (ça m'a même fait penser à certains égards à l'incontournable Conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole... faudrait vraiment que je le relise celui là).

Mais évidemment, cet enrobage comique ne cache pas la "vacance" dont parle le titre, terme qui souligne à la fois le vide et la disponibilité. On sent à certains égards que ce terme pourrait désigner l'état d'un homme qui n'occuperait plus sa place, qui souffrirait d'un cul entre eux chaises ontologique. Mais je m'emporte. En un peu plus de 200 pages très denses, on embrasse un vrai spectacle du monde, une excursion en  tour de Babel que le héros n'escaladerait qu'en boitant.

Je sais, tout cela n'est pas très clair : c'est dire mon enthousiasme. Merci au Livre de Poche et à son prix des lecteurs !

Le site de l'auteur est par ici.

vendredi, 26 février 2010

Frédérique Deghelt, La Vie d'une autre

Frédérique Deghelt.jpgPrix du Livre de Poche : choix N° 3

Quatrième de couverture : Marie a vingt-cinq ans. Un soir de fête, coup de foudre pour le beau Pablo, nuit d'amour, et le lendemain... Elle se réveille à ses côtés, douze ans plus tard, mariée, mère de trois enfants, sans un seul souvenir de ces années écoulées. Comment faire pour donner le change à son entourage ? Et comment retrouver sa propre vie ? C'est avec une énergie virevoltante et un optimisme rafraîchissant que Frédérique Deghelt a écrit ce roman sur l'amour et le temps qui passe, sur les rêves des jeunes filles confrontées au quotidien et à la force des choix qui déterminent l'existence.

 

Voici donc une sorte de fable moderne sur le couple, écrite à la première personne, qui pourrait, à mon avis, très bien faire office de supplément au Elle de cet été pour lequel le sable de la plage servirait de marque-page... je suis un peu méchant. On lit ça d'une traite comme une boisson pétillante et un peu amère. Une sorte de Scweppes littéraire. En même temps, chaque fois que j'ai résumé cette histoire auprès de mes proches, j'ai toujours vu une étincelle d'intérêt dans leurs yeux ou dans leurs remarques... cette sorte de plaisir que l'on peut avoir dans le jeu du "Et si...". Tout le plaisir qu'il y a cependant dans les points de suspension qui suivent n'appartient à mon avis qu'à soi. Raconter tout cela serait tout aussi inutile ou indécent que raconter un rêve à un large public. En fait, je trouve décidément que cette écriture est un peu trop féminine (avec toutes mes excuses pour ce propos qui peut paraître très misogyne) et j'aime à imaginer ce que ce même récit aurait donné s'il avait été écrit par un homme. Disons que j'aurais préféré voir comment ce besoin d'amnésie dans le couple aurait pu transcender la notion de genre. Je crois que dans ce cas, ce roman aurait bien mieux parlé des problématiques actuelles et évité ainsi un certain nombre de redites. Peut-être aurais-je aimé un roman choral mettant en scène différentes personnes aux sexualités différentes, aux horizons différents, confrontés à la même situation.

En même temps, si ce récit me fait tellement envie, je n'ai qu'à l'écrire ! Je n'en ai malheureusement pas le talent !

 

Extrait : "Mes journées sont épuisantes... Parfois j'ai envie de me poser et de me confier à un cahier. Je voudrais laisser tomber sur une page tous les moments traversés. J'habite à l'intérieur de ma tête, je m'y retranche et peut-être qu'écrire... Mais je sais autre chose encore qui me cheville à une envie d'écrire. Si jamais ma mémoire ne revient pas, car il me faut l'envisager, je continuerai cette vie-là. Je m'adapterai à ma vie de douze ans d'absence et tout sera banal. Tout sera perdu. En me fabriquant de nouveaux souvenirs, j'oublierai l'intense vie des jours où je n'en avais plus. Je serai rattrapée par le vice de l'habitude. Ainsi se déroulera ma vie de femme et de mère, et les années s'accumuleront et plus jamais je n'aurai une occasion unique d'observer la vie de l'extérieur. J'aurai réintégré une fois pour toutes l'enveloppe que je crois encore n'avoir pas choisie. Par exemple, je ne pourrai jamais comprendre ou retrouver l'immense et charnel émerveillement qui capture mon regard à chaque instant de la journée. Toute parcelle de vie qui me relie à mes enfants est une mesure entrte le désir et l'accomplisssement. Chaque phrase qu'ils prononcent, chaque geste qu'ils font passe dans une lunette d'observation qu'il ne me sera plus possible de retrouver ensuite. Saurai-je décrire ou faire éprouver à travers des mots ce mélange d'instantanéité et d'éternité en le couchant sur du papier ? Je n'en ai aucune certitude mais ça vaut la peine d'essayer. Ce qu'on ne veut pas dire passe aussi par les mots dans le choix que l'on fait d'en coller un puis un autre, et qui entre eux glisse un soupir où se dit ce qu'on voulait taire. Jusqu'à maintenant, j'ai vraiment eu peur de me lancer. Et comme toutes les fois où j'ai eu peur, je n'ai pas le temps. Ecrire est un risque d'être lue et donc découverte. Ecrire est une tentation de se relire et de se découvrir  : toutes les mauvaises raisons sont au rendez-vous pour repousser l'instant du recul donné par le texte".

 

J'ai choisi cet extrait pour une raison assez banale : je me dis qu'il me servira peut-être un jour dans le cadre d'un sujet sur l'écriture de soi. On ne se débarrasse pas comme ça des réflexes professionnels ! Enfin... il y a une autre raison aussi : il m'est arrivé de relire certaines de mes notes sur ce blog... et de ne plus m'y reconnaître... à un point tel que, parfois, je me suis trouvé bon !

 

lundi, 15 février 2010

Hubert Haddad, Palestine

Palestine.jpgPrix du Livre de Poche : choix N°2

Un commando palestinien attaque une patrouille israélienne Un soldat est tué, l'autre, permissionnaire est enlevé. Il perd la mémoire et oublie jusqu'à son nom : Cham. Recueilli par deux palestiniennes, une veuve aveugle, Asmahane,  et sa fille anorexique, Falastin, il va devenir Nessim, leur fils et frère disparu.

Cet ouvrage, présenté par l'auteur comme un roman, m'a fait plutôt l'effet d'un long poème en douze étapes.  Un poème sur le flou de l'identité et sur l'amour. Les faits sont durs mais étrangement, semblent souvent mis à distance, à la manière dont le vivent les personnages, comme si chacun cherchait à se protéger à tout prix, à sa manière, derrière l'aveuglement, l'anorexie, ou simplement le discours.

 

Au sujet de Falastin : "L'esprit ailleurs, elle saisit une poignée de lentilles sur la table pour les égrener entre deux doigts. Le fracas des blindés sur la route bitumée des colons ne l'effraie guère. Plus rien ne saurait l'inquiéter. Les années ont éloigné d'elle toute forme d'espérance ou d'intérêt. Sans rien montrer, pour ne pas souffrir, elle s'est endurcie jusqu'au détachement, avec une désinvolture alerte, presque inhumaine. La plus grande violence est celle qu'on s'inflige. Délibérément, depuis sa douzième année, à force d'ascèse ingénue, elle n'est plus de ce monde. L'état d'apesanteur totale auquel elle aspire se confondrait assez avec la grâce des martyrs."

Il est possible de voir l'article de Rue 89, et un entretien avec l'auteur, ici... je ne l'ai pas regardé encore pour ne pas être influencé... je regarderai après avoir voté !

 

dimanche, 14 février 2010

Dinaw Mengestu, Les belles choses que porte le ciel

dinaw mengestu.jpgPrix du Livre de Poche : choix N°1.

Parmi les quatre livres qui m'étaient proposés, j'ai choisi au hasard de commencer par celui-ci.

L'histoire : fuyant les massacres perpétrés dans son pays, l'Ethiopie, Sépha s'installe à Washington où il tient une petite épicerie.

"J'étais arrivé en courant et en hurlant, avec les fantômes d'une ancienne vie fermement attachée à mon dos. Mon objectif, depuis lors, avait toujours été simple : durer, sans être remarqué, jour après jour, et ne plus faire de mal à qui que ce soit".

Il a pour amis Kenneth et Joseph, deux autres immigrés africains comme lui. Ces derniers s'en sortent plutôt bien, mais Sépha, lui, semble paralysé incapable de mener à bien son existence.

 

"Comment ai-je pu en arriver là ? Cela semble une question légitime, après dix-sept ans passés dans un pays. Comment se fait-il que j'en suis venu à posséder et à gérer une petite épicerie dans le centre d'un quartier dégradé, et comment se fait-il qu'alors que ma boutique, ou plutôt ce qu'il en reste, va m'être retirée, je ne fasse rien d'autre que rester assis par terre dans l'appartement de mon oncle, à passer en revue le passé ? Le récit... C'est peut-être ça, le mot que je cherche. Où est le grand récit de ma vie ? Celui que je pourrais déployer pour y chercher les signes et les clés m'indiquant ce que je suis en droit d'espérer pour la suite. Il semble s'être épuisé, si jamais une telle chose est possible. Il est plus difficile d'admettre que peut-être il n'a jamais existé du tout."


C'est parfois par le récit des autres, à travers les romans, que le narrateur comble le vide du sien :

"Depuis le premier jour où j'ai ouvert l'épicerie, j'ai toujours eu un livre à portée de main, si bien que chaque heure, même lors des journées les plus calmes, a toujours été remplie d'au moins une autre voix que la mienne".

C'est d'ailleurs L'Enfer de Dante qui donne son titre à l'ouvrage avec la citation par l'un des personnage de cet extrait :

"Par un pertuis rond je vis apparaître

Les belles choses que porte le ciel


Nous avançâmes, et une fois encore, vîmes les étoiles.


Lorsqu'il [Joseph] est ivre, il aime à dire que ce sont là les vers les plus parfaits jamais écrits. "Réfléchissez un peu, dit-il alors, Dante sort enfin de l'enfer, et voilà ce qu'il voit, "Les belles choses que porte le ciel". C'est parfait, je vous le dis. Tout simplement parfait. J'ai dit à mon professeur que personne ne peut mieux comprendre ce vers qu'un Africain parce que c'est ce que nous avons vécu. L'enfer quotidien, avec seulement quelques aperçus du ciel par moments."

Il apparait que, même à Washington, les horizons soient tout aussi bouchés et même, qu'un autre style de guerre et d'affrontement s'y déroulent.

 

C'est donc dans un style mélancolique que l'histoire déploie la douleur silencieuse des déracinés et le tableau d'un monde dont la dureté émousse les plus petits espoirs.

 

Par ici, une interview de l'auteur.